Est-ce que la mobilisation communautaire est un mythe? Expériences du Niger

22 April 2016
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Dans le milieu des organisations de développement, on assume communément que les membres d’une communauté peuvent se réunir pour résoudre un problème commun. La mobilisation des communautés est ainsi souvent recherchée pour trouver une solution à un problème de développement comme le manque d’enseignants ou le mauvais entretien d’une pompe à eau. Les ONG élaborent généralement des programmes qui encouragent les communautés à agir pour améliorer un service local ou pour tenir les autorités locales responsables de leurs engagements.

Mais est-ce que ce type d’action commune arriverait sans l’instigation ou la coordination d’une ONG ou une autre organisation? Au cours de mes recherches récentes sur l’éducation au Niger, j’ai découvert qu’une mobilisation «organique» d’une communauté peut se produire, mais pas nécessairement de la manière dont ces organisations s’y attendent.

Commençons par décrire ce à quoi, au Niger, ressemble une action communautaire initiée par l’Etat ou soutenue par les ONG : chaque école possède un comité de gestion qui est constitué de représentants de la communauté locale. Ce comité travaille avec la direction et les enseignants de l’école pour encourager les parents à donner de leur temps ou de contribuer financièrement à l’amélioration de l’école.

Ce système de comité fonctionne généralement bien mais il semble que, sans le rôle de l’Etat ou des ONG, les parents ne se regrouperaient pas, ni même n’urineraient leurs forces dans ce but. Les résultats de l’Afrobarometer suggèrent que, malgré le fort manque en enseignants, une meilleure éducation publique n’est pas une priorité pour la population. Quand les électeurs se sont rendus aux urnes le mois dernier, la réforme de l’éducation ne faisait ainsi pas les gros titres.

Mais peut-être est-ce une autre forme d’éducation qui est une priorité publique. Le Niger étant un état séculaire, il y a peu d’écoles publiques qui offrent un enseignement religieux. Afin de fournir une éducation islamique à leurs enfants, des parents d’une communauté issue de la classe moyenne de Niamey se sont rassemblés pour payer ensemble un professeur islamique pour donner des cours les week-ends aux adultes et aux enfants. Ce n’est pas un cas isolé.

Il est intéressant de noter que les parents sont prêts, individuellement et si leurs moyens le leur permettent, à payer un tuteur privé pour soutenir l’éducation non-religieuse de leurs enfants ; mais, pour l’éducation religieuse, c’est collectivement qu’ils paieront pour un enseignant local. Ceci est peut-être lié à la valeur placée dans l’éducation islamique, ou parce qu’ils se sentent obligés, socialement, de contribuer à quelque chose que leur communauté considère comme important.

Quelle que soit la raison, cela indique que la religion, en tant que vecteur de normes sociales, représente une puissante force de traction derrière les actions communautaires au Niger alors que d’autres vecteurs n’en sont pas. Une croyance unifiante, religieuse ou non, est importante pour provoquer une mobilisation communautaire.

Qu’est-ce que cela peut signifier pour le développement? Mon expérience nigérienne suggère que les organisations de développement doivent chercher le vecteur commun qui pourra mobiliser les gens à travailler ensemble lorsqu’elles veulent mettre en place des solutions communautaires à des problèmes de service public.

Pour les organisations qui travaillent au Niger, l’idée-même que les parents pourraient se mobiliser pour résoudre des problèmes du système éducationnel semble très optimiste. Il en va de même d’assumer qu’ils agiraient dans l’intérêt rationnel collectif. En effet, cette approche néglige les systèmes de croyance qui influencent le comportement d’un individu ou d’un groupe.

Après mûres réflexions, on peut donc penser que soutenir une action communautaire peut ne pas être le moyen le plus efficace pour améliorer l’éducation. On peut également penser que les organisations de développement devraient, peut-être, travailler avec les écoles islamiques pour canaliser et guider les intérêts pour l’éducation islamique vers une amélioration de l’éducation plus généralement.

Il pourrait y avoir une multitude de stratégies pour améliorer l’éducation au Niger, mais, il y aura toujours des valeurs sociales qui conduisent, ou forcent, la façon dont les individus agissent. Par conséquent, avant d’utiliser la mobilisation communautaire comme une solution à un problème public, les organisations de développement devraient prendre du recul et se demander : quelles sont les valeurs et croyances principales qu’un groupe d’individus partage? Et, peuvent-elles les pousser à agir ensemble sur un problème de développement particulier?